Course sur échasses… à travers les quenouilles!

Par Michel Aubé, passionné de Biodiversité

Aux premières lueurs de l’aube, une ombre tapie sur le sentier du marécage lance son enregistrement: «cou-cou-cou-cou… cou-cou-cou-cou». Les conditions d’inventaire sont parfois très matinales, et l’humidité reste crue dans le jour qui se lève. Le concert de la nuit s’est apaisé, mais quelques anoures coassent encore dans l’air vif. Un long silence… puis, timidement, un «cou-cou-cou-cou» se fait entendre, un peu plus guttural que celui de la tourterelle, plus discret, moins intense. L’ornithologue relance le chant, un seul coup… Et la bête rare apparait, passant la tête et son long bec entre les quenouilles, sur la tige desquelles s’appuient fermement ses deux pattes!

Le Petit Blongios fait partie des Ardéidés (hérons, butors, bihoreaux). C’est, dans le monde, l’un des plus petits de la famille, à peine la taille d’un Geai bleu. Il a l’allure trapue des butors, avec comme eux la capacité d’allonger vivement son cou pour saisir une proie à la volée. Sa calotte et son dos sont noirs verdâtres, ainsi que la partie supérieure de l’aile. Le côté de la tête, le cou, et le milieu de l’aile ont une couleur orange brûlé, qui flashe parfois lorsqu’il prend son envol. À ce moment, on peut aussi voir le bas de l’aile gris acier.

Cette espèce est considérée «menacée» au Canada et «vulnérable» au Québec, où on ne compte plus qu’environ 200 à 300 couples. Elle est pourtant observée presqu’à chaque année au CINLB… surtout par les observateurs patients et aguerris. Son habitat idéal est un milieu humide où le niveau de l’eau est relativement stable et où la clarté de l’eau, qui abrite sa pitance, est suffisamment bonne. Elle construit son nid plat au travers des quenouilles, à moins d’un mètre de la surface de l’eau, et des variations trop grandes de niveau pourraient entrainer l’inondation de la couvée. Elle s’alimente surtout de poissons, mais aussi de petits amphibiens et de crustacés, qu’elle doit pouvoir repérer visuellement dans l’eau peu profonde.

Le Petit Blongios est rarement aperçu en vol. Il se déplace surtout en s’appuyant de ses pattes puissantes aux tiges verticales des quenouilles, et sa dextérité est telle qu’il peut pratiquement courir ainsi à travers le marécage! Les pattes et les griffes sont d’ailleurs rapidement développées chez les oisillons qui peuvent s’agripper aux tiges environnantes dès leur troisième jour, adopter la posture adulte le jour suivant et tenter leurs premières explorations près du nid le lendemain.

La bête rare apparait, passant la tête et le bec entre les quenouilles, sur la tige desquelles s’appuient ses deux pattes! – WIKIMEDIA COMMONS

Le Petit Blongios se déplace surtout en s’appuyant de ses pattes puissantes aux tiges verticales des quenouilles. Sa dextérité est telle qu’il peut courir ainsi à travers le marécage! – WIKIMEDIA COMMONS