Pharmacopée chinoise au cœur de la prucheraie

Par Michel Aubé, passionné de Biodiversité (20 septembre 2017)

La prucheraie du CINLB constitue un véritable vestige des forêts anciennes. Autrefois très répandue dans l’est de l’Amérique du Nord, la Pruche du Canada a connu un déclin important à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. La richesse de son écorce en tanin a d’abord été recherchée pour les tanneries. Ensuite, le caractère pratiquement imputrescible de son bois a amené les compagnies ferroviaires à en faire une utilisation intensive pour les dormants des chemins de fer. La prucheraie du CINLB aurait été épargnée pour offrir un lieu de repos au bétail par grandes chaleurs. Les pruches poussent bien à l’ombre et gardent en effet une fraîcheur recherchée.

Outre cet aspect historique, la prucheraie du CINLB constitue en elle-même un véritable écosystème où sont favorisées plusieurs espèces de plantes, de champignons, d’insectes et d’oiseaux. En arpentant le sentier qui la contourne, le promeneur attentif aperçoit parfois, sur les troncs les plus âgés, de magnifiques champignons aux circonvolutions irrégulières, d’un rouge intense, polis et luisants comme s’ils avaient été vernis.

C’est le Ganoderme de la pruche, dont l’appellation populaire anglaise, hemlock varnished shelf, décrit bien l’apparence. Les plus gros spécimens peuvent dépasser 30 cm en largeur et 5 cm en épaisseur. Ce champignon est étudié depuis plus de 4 000 ans dans la médecine traditionnelle orientale, notamment pour ses propriétés qui favoriseraient la longévité. 

– PHOTO MICHEL AUBÉ

Consommés en tisane, en sirop, en teinture ou en capsules, les produits qui en sont tirés contribueraient à réduire la pression sanguine, le taux de cholestérol et le taux de sucre dans le sang. Les japonais l’appellent reishi et les chinois lingzhi

Depuis une vingtaine d’années, plusieurs études ont été publiées dans diverses revues scientifiques de biochimie, de pharmacologie et d’immunologie. Chez les souris de laboratoire, l’administration de dérivés du glucose tiré de ce champignon a en effet entraîné la réduction de cancers hormonodépendants et plus que doublé le taux de survie. On a également pu démontrer un effet positif du mycélium, la partie végétative du champignon, sur la cicatrisation des blessures, la diminution de l’inflammation et la régénération du derme de la peau.