En larmes d’or sur les troncs vermoulus

Par Michel Aubé, passionné de Biodiversité

Les vents ont désolé les murs gris de l’automne et les tristes colonnes des érables gelés. Le tapis de feuilles, qui vibrait d’orange, de pourpre et de vermeil il y a à peine deux semaines, a fini par brunir et se délaver sous l’effet de la pluie et du gel. Les aiguilles des mélèze jonchant le sol ont aussi perdu leur teinte de miel, et le vert sombre des épinettes n’arrive pas à égayer les derniers jours de novembre.

On dirait qu’avec la défloraison et les migrations, les fleurs et les oiseaux ont raflé du même coup les couleurs vives qui illuminaient les prairies et les bois du CINLB, et les ont remisées pour la saison froide. Les derniers jours de l’automne prennent une allure chagrine, surtout lorsque le ciel hésite entre la pluie et la neige, et que le soleil se fait rare. Et puis, malgré tout… c’est la surprise!

Sur un vieux tronc de pruche déracinée, entre la mousse et les lichens, quelques gouttes perlent, d’un jaune très vif, comme de véritables larmes d’or. Plus loin, le long de l’écorce altérée, les gouttelettes se sont agglomérées en plusieurs petits lobes, telle une cervelle gélatineuse qui tremblote au vent. C’est la Trémelle à spores jaunes (du latin tremere = trembler, et ella = petite). Le nom scientifique, Dacrymyces chrysospermus, évoque bien son apparence et sa couleur (du grec dacry = larme ; myces = champignon ; chrysos = doré ; spermos = graine, spore).

Ce champignon associé aux conifères est très commun dans toute l’Amérique du Nord. On peut l’observer à l’année longue, surtout par température humide. Il est comestible, mais comme il n’a ni odeur ni saveur distinctes, sa consommation n’est pas particulièrement recherchée. Malgré son apparence luisante et gélatineuse, sa consistance n’est pas molle, et ressemble plutôt à celle du caoutchouc.

Quelques espèces de champignons, dans des familles et des genres différents, ont cette même texture gélatineuse et tremblotante, d’une couleur variant entre le citron et le safran. Cette apparence leur a toutes valu le nom de «beurre de sorcière». Cette légende proviendrait d’Europe, d’une époque où les cadres de portes étaient faits de bois, devenus vermoulus avec l’âge et favorisant l’apparition de ces étranges agglomérats jaunâtres. On croyait que leur apparition annonçait un sort jeté à la maisonnée par les sorcières. Pour se délivrer du maléfice, il fallait percer aussitôt d’une aiguille les petites cervelles dorées.

Les «larmes d’or» de la Trémelle à spores jaunes exsudent du tronc au début de la croissance du champignon. – WIKIMEDIA COMMONS

L’aspect cérébriforme apparait plus tard dans la croissance et rappelle les lobes d’une cervelle. – WIKIMEDIA COMMONS